Histoire de Bernières sur Seine
Condensé historique
Située dans un méandre Bernières-sur-Seine s’inscrit dans un paysage façonné depuis le Pléistocène par les oscillations climatiques et la formation progressive des terrasses fluviatiles. Cette configuration géomorphologique a favorisé une occupation humaine ancienne et continue. Le territoire est occupé dès le Néolithique moyen, comme en témoigne le site des Fondriaux, où une importante industrie lithique du Chasséen septentrional a été mise au jour. Par l’ampleur et la qualité du mobilier découvert, Bernières-sur-Seine constitue aujourd’hui un site de référence pour cette culture dans le Bassin parisien.
Le toponyme Bernières est généralement rattaché au gaulois (berna) « marécage »), en lien avec les zones humides du méandre. D’autres hypothèses évoquent une origine anglo-saxonne (barn) ou scandinave, tandis que certains historiens y voient un nom de personne franc (Bernier), suggérant une fondation d’époque mérovingienne, renforcée par la dédicace de l’église à saint Denis.
Au Moyen Âge, Bernières relève de la seigneurie de Tosny, avant de devenir un fief distinct, soumis à des droits ecclésiastiques attestés dès le XIIe siècle. À partir de la fin du XVe siècle, la seigneurie appartient à la famille Maignard, dont plusieurs membres occupent d’importantes charges judiciaires en Normandie. Cette lignée marque durablement l’histoire locale jusqu’au XVIIIe siècle, date de l’extinction de sa branche principale.
L’histoire ancienne du village de Bernières sur Seine s’entremêle étroitement avec celles de ses voisins, de Tosny et Venables. Ensemble, ces trajectoires locales convergent pour former l’histoire renouvelée de l’ensemble territorial que constitue aujourd’hui la Commune nouvelle des Trois Lacs implantée sur l’un des plus beaux méandres de la Seine.
La préhistoire
Le paysage actuel sur tout le méandre de la Seine s’est formé durant le pléistocène période qui s’étale entre -2,5 millions d’années à -11700 ans. Quatre périodes dites glacières se sont déroulées entrecoupées de périodes interglaciaires non linéaires. Elles ont laissé place à un paysage composé d’un plateau avec différents dépôts limoneux et la création dans la vallée d’un méandre composé de terrasses alluvionnaires étagées qui vont se superposées durant ces différentes périodes où le fleuve Seine y aménagera son lit.
Les bouleversements géologiques dues aux différents stades de réchauffement vont créer successivement le méandre actuel en vallée de Seine et sur le plateau les deux dépressions géologiques que sont le ravin de Gournay et la fausse Louvel sites des premières implantations humaines.
Le passage sur le sol normand des premiers genre humain remonte au paléolithique inférieur environ – 450 000 ans. Les plus ancienne traces découvertes à ce jour de passages d’humains sur le territoire Venablois sont attestés par les prospections des sols et le diagnostic archéologique réalisés par la Direction Régional des Affaires Culturel (DRAC) de Normandie (1).
Ce sont des passages de petits groupes d’Homo néandertaliens artisans de la culture moustérienne principale manifestation culturelle de la fin du Paléolithique moyen vers environs – 40.000 ans. Issue de la souche homo érectus, ils s’implanteront principalement sur le plateau par l’occupation de trois sites restreints. Ces sites marquent des occupations temporaires et partielles de plein air servant plus d’atelier de débitage de viande et de petite production d’outil. Sur ce même plateau un autre site marque une installation à cheval entre la période du paléolithique supérieur et du mésolithique (-10000 à -5000).
Dans la vallée deux sites intéressants se situent sur deux terrasses distinguent du méandre de la vallée de la Seine. Ces sites attestent une occupation de l’homme moderne (homo sapiens). Il s’imposera durant le mésolithique qui marque la fin de la dernière grande glaciation autour de -10000 ans. C’est la période ou s’amorce un réchauffement climatique conséquent.
Il va être un facteur d’un changement progressif de la végétation, de la faune et de l’évolution de l’homme dans son milieu naturel. Cette mutation va se concrétiser durant tout le néolithique ou « Âge de la pierre polie ». De cette période existe un important site dans la vallée avec la mise à jour d’une fosse et la découverte d’éclats de silex en grand nombre. Un autre site avec la présence d’un important mobilier lithique.
Durant le néolithique nous constatons un transfert d’une occupation partielle du plateau vers une occupation des terrasses proches du fleuve qui se reforme grâce au réchauffement lors de cette période. La découverte faite par deux Venablois près du fleuve d’outils datant du campignien (environs -4500 ans) confirme l’intérêt de l’homme sur un des sites d’un futur hameau du village.
Avec l’éclosion de l’agriculture, de l’élevage et de la production de céramique, un nouveau modèle de civilisation et de vie sociale introduit de nombreux changements dans les modes de vie des humains. L’homme commence le contrôle de son environnement et dans un premier temps il va passer du stade nomadisme à la semi-sédentarisation, par le passage d’une économie de prédation à une économie de production en place avec la transformation et l’évolution de l’outillage.
(1) Lionnel Dumarche (DRAC de Normandie)
La Protohistoire
La semi-sédentarisation va continuer durant la période où commence la protohistoire (1) avec l’’âge du cuivre (3000 à 2200 av JC). C’est une période de transition entre les industries lithiques et osseuses et celle de la période ou l’homme commence à compléter ces propres outils avec des objets en cuivre travaillé. Cette production est caractéristique de la fin du néolithique et de l’industrie métallurgique du bronze naissant. Du fait de la démographie qui s‘accélère grâce aux transformations de cette période naissent les premiers villages ouverts et l’installation de clans tribaux structurées. L’homme qui foule le territoire actuel du village durant ces périodes plus ou moins longues commence à se sédentariser.
De la période du cuivre aucun site n’est répertorié du fait des importants travaux qui ont bouleversés le terrain sur l’ensemble du méandre. D’une part la construction de la ligne de chemin de fer Paris le Havre du milieu du 19ème siècle et les travaux pour l’extraction de granulats sans qu’aucune prospection archéologique préventive ne soit mise en place. Seuls les témoignages des employés qui on eu entre leurs mains des outils taillées, des défenses et dents de mammouths excavés lors des travaux de récupération de granulats.
De la période de L’âge du bronze (2200 à 750 av JC) aujourd’hui les chercheurs et historiens ne parlent plus d’invasion mais d’une migration cumulative de peuples protoceltique. Cette civilisation resta longtemps dans l’ombre des chercheurs et historiens. On se contentera de la désigner par les urnes funéraires en terre cuite contenant des cendres et des ossement carbonisés intitulée civilisation de la culture des Champs d’Urnes.
La maîtrise de la métallurgie est à l’origine des premiers grands échanges économiques intenses et complexes basés sur une production et une distribution couvrant de vastes territoires. Si la technique voyage, l’homme en est le moteur et avec elle se propage la culture des différentes peuplades. Ces échanges vont favorisés les premières grandes migrations de populations venues d’Europe centrale au VIII et VII siècle avant notre ère. Ces populations dites celtiques (keltoi) (2).
Pour les auteurs grecs et « Galli » par les auteurs latins sont en fait les premiers historiens à en parler en termes de témoignages partisans. Ces auteurs de nations dites civilisées portent un jugement de barbares sur les peuples celtiques. La première migration celtique va être regroupées sous la culture de Hallstatt. Cette culture Celte marque le premier âge du fer. Elle est basée sur une aristocratie princière et guerrière sans unité politique. Au IVème et IIIème siècle avant notre ère la migration de tribus Celtiques de la période de la Tène vont de concrétiser une sédentarisation partielle de population sur le belvédère et en vallée de Seine.
Seules des fouilles archéologiques préventives sur un site marque une occupation de la Tène à proximité du fleuve et démontrent que celui-ci avec d’autres sites sur l’axe Seine vont être un couloir d’échanges économiques et culturels et sera un des éléments déterminant pour l’implantation et la sédentarisation de l’homme dans sa proximité. La civilisation celtique est essentiellement rurale, agricole et guerrière. L’occupation du sol devient plus intense mais l’habitat reste toujours dispersé ou sous forme de petits villages ouverts.
(1) Période qui traître l’histoire sur les trois âges des métaux (Cuivre, Bronze, Fer)
(2) Nom donné par les historiens et géographes grec tandis que les historiens romains vont utiliser le terme Gaulois (Galli).
Venables Gaulloise
Au IIème siècle av JC, le peuple des Eburovices (1) « ceux qui vainquent par l’if (2) » issue du peuple germanique des Aulerques va s’implanter principalement sur l’ensemble du territoire de l’actuel département de l’Eure. Leurs lieux de villégiature seront principalement sur les hauteurs d’où la translation de l’habitat de la vallée vers le belvédère actuel qui domine le fleuve et à l’intérieur du plateau comme le montre des traces d’une première occupation celto/gauloise sur un site d’un hameau de la commune situé sur l’axe d’une voie celtique entre deux grandes civitates que sont Evreux et les Andelys.
On sait très peu de choses de ces premiers « Gaulois », ils n’ont pas laissé de traces écrites car la transmission du savoir se fait oralement et de génération à génération. Depuis plusieurs décennies les études historiques et archéologiques ont connues un développement considérable et nous donnent un meilleur aperçu de la constitution des structures territoriales villageoises gauloises, et en particulier leurs installations sur notre territoire dont les traces sont observables pour des personnes averties. Ces sites seront constitués de petites exploitations de paysans libres sur des petites unités appelées « Vici » ou vivent en complète autarcie des clans familiaux avec une communication et des échanges restreints.
Pour aborder cette période gauloise il nous faut abandonner l’image controversée du gaulois Au vue des études actuelles la société gauloise avait un tout autre visage. Leur mode de vie est caractérisé entre l’ager et le saltus (3),
Bien qu’un début de défrichement sur l’ensemble du plateau a été fait durant le néolithique et la protohistoire, les massifs forestiers, les espaces incultes, les marécages en vallée forment encore des barrières naturelles au développement du futur village
C’est dans ce contexte que la culture gauloise va prendre son essor et modifier les pratiques agricoles et artisanales avec une maîtrise élevée de la culture et de l’élevage. Ils vont développer un bon niveau technique grâce à l’invention et au perfectionnement d’outils agricoles et de l’artisanat. Ils excellent dans le domaine de l’extraction et de la transformation des minerais. Cette maîtrise va leur donner une incontestable supériorité dans le domaine de l’armement et de la charronnerie. Sur le plan religieux ils vont amener avec eux de nouvelles croyances et les associer aux rituels celtes. Cette culture celto /gauloise va influencer la première terminologie du nom du village. Celui-ci évoluera au gré de l’histoire du village pour devenir un nom de renommée internationale.
(1) Auguste le Prévot : Histoire du département et des communes de l’Eure tome 1
(2) L’if : arbre sacré de la culture celtique. Quelle est son influence dans la terminologie du nom de Venables ?
(3) L’ager les espaces cultivés, le saltus des espaces sauvages.
Venables Romaine
Après l’invasion de la Gaule par les légions de César, le modèle romain donnera une autre nouvelle dimension au développement du futur territoire venablois. L’administration romaine va urbaniser les cités ou civitas qu’occupaient en gaule celtique chaque tribu indépendante. Pour relier ces cités l’administration romaine domine l’espace par la construction de grandes voies de communication (1) et de voies secondaires qui reprennent le chevelu des chemins celtiques. Sur le sol de la commune la présence d’une voie romaine secondaire a été redécouverte partiellement en 2012 lors des travaux d’enfouissement des réseaux d’assainissement.
Les investigations archéologiques de 1987 et 2005 ont permis de mettre en évidence deux sites de petites exploitations sur le système de Villae en proche vallée de Seine. En 2006 une investigation aérienne a permis de déceler l’implantation d’une Villae gallo-romaine sur près de 1.5 hectare sur le lieu-dit les Ifs (2) et de la voie secondaire décrite ci-dessus. Face à ce premier site les traces encore visible d’un ensemble de talus et de fossés décrivant une enceinte circulaire a confirmé par une étude plus poussée que nous sommes en présence d’un petit oppidum gaulois (3) situé à proximité d’un secteur d’une première occupation gauloise. Cette dernière construction permet d’envisager une implantation sur le belvédère d’un poste de surveillance favorisant les bases d’une implantation durable pour devenir un important point stratégique d’intérêt militaire jusqu’au XVème siècle.
En vallée la découverte récente d’une construction romaine en bordure du fleuve confirme le développement économique à cette époque. Les premiers sondages ont permis la découverte d’éléments de tuiles, d’amphores et de vases. Ce bâtiment devait permettre l’entreposage pour exporter par voie d’eau les denrées produites par les trois villae et importer les denrées et matériaux utiles à la vie économique du territoire. Mais tout modèle en pleine croissance à son revers. Le déclin du modèle sociétal romain et de son empire va s’amplifier avec la venue au III siècle de différentes migrations de peuples germaniques.
Cela commencera avec les Francs. C’est un agglomérat de plusieurs tribus païennes. Entre 257 et 278 ils tentent une première incursion en Gaule. Vaincues certaines tribus s’installeront aux portes du limes (4) gardée par les légions romaines. Les grandes réformes de l’an 303 dictées par Dioclétien qui procède à une réorganisation complète du système territorial. Il subdivise les provinces en unités territoriales plus petites (5).
C’est sous Constantin (337-372) premier empereur romain à se convertir au Christianisme que vont apparaître les diocèses regroupant les provinces. Vers 376 de nouveau l’empire va connaître une deuxième offensive de migration des peuples germains. Les Francs saliens obtiendront un traité qui leur permettront de s’installer à l’ouest de l’embouchure du Rhin quand les Francs Rhénans s’installeront à l’est du Rhin
Au milieu du Vème siècle les Francs saliens reprennent leur migration pour contrôler le nord de la France. L’empereur Aetius les arrête au niveau de Cambrai et Tournai. L’Empire devra faire face à d’autres migrations de peuples indo/germaniques. En 451 les Huns seront vaincus aux Champs Catalauniques par l’armée romaine d’Aetius forte de renforts de peuples germaniques établis eux dans les Gaules.
(1) MM Léopold Delisle et Louis Passy : Mémoire et notes de Monsieur Auguste le Prévot : Tome 1 font un recensement remarquable de l’ensemble des voies romaine qui traversent notre département.
(2) Investigation réalisée par Archéo 27
(3) L’oppidum (au pluriel, oppida) est le nom donné par Jules César aux cités celtiques qu’il rencontre lors de la conquête de la Gaule.
(4) Limes : vastes lignes frontière délimitent un territoire et sépare les populations mais elles sont également des zone de contacts.et d’échanges.
(5) Les emprises territoriales de ses petites unités seront reprisent par les Mérovingiens pour créer les Pagi (pays)
Venables Mérovingienne
Le peuple Franc de type tribal constitue un état fondé sur une culture orale, de sang et d’alliance dont les différents groupes ne présentent pas de réelle unité. Leur système économique et agricole est fondé sur le travail des esclaves. Installés aux portes de l’empire par un foedus 1 entre Rome et les Francs ces derniers vont définitivement s’installer au nord de la Somme pour les Francs Saliens et à l’ouest du Rhin pour les Francs Rhénans. Il va s’établir entre Francs et Rome un face à face tantôt guerrier mais aussi des moments de paix ou vont se produire des échanges diplomatiques, commerciaux et créer des alliances sociétales avec Rome.
Ils vont lentement s’installer dans l’empire romain. Ils obtiendront en négociant officiellement avec Rome suivant trois règles d’être enrôlé individuellement dans l’armée romaine, d’être installé comme Lètes avec leur famille sur des biens aménages aux portes de l’empire ou d’avoir un statut de fédérés (foedus) et recevoir des territoires en échange du service militaire qu’ils devront à l’Empire. L’empire romain est un état centralisé, urbanisé, unifié et policé par des lois et dominé par une élite. De l’autre coté la culture païenne ou la famille forme un groupe de solidarité bien plus important que l’individu. En 486 à la bataille de Soissons Clovis portera un coup au joug de l’empire Romain marqué par l’effritement de son administration en battant l’armée de Syagrius dernier représentant de l’empire.
Les Francs de l’époque mérovingienne sont dans leur quasi-totalité des ruraux. Ils vivent au rythme des saisons et des travaux dans un horizon et un espace restreint. Après l’occupation romaine, les grands domaines mis en valeur directement par des colons et les esclaves deviennent de plus en plus rares. Chez les Francs il n’y a plus de noblesse après les grandes invasions. Une aristocratie de fait se constitue et acquière les grands domaines romains, soit à la faveur royale, un achat, une prise par la violence, ou encore par mariage avec de riches romaines. Le modèle Villae survivra dans ce nouveau contexte et il ne s’agira dès lors que d’une économie de subsistance avec l’amenuisement du commerce dû aux voies romaines non entretenues et la quasi-disparition du commerce fluvial. Cette situation condamne chacun à vivre en vase close et composer avec le milieu et en tirer les subsistances indispensables.
Le village tel que nous le connaissons avec ses implantations actuelles n’existe pas ou que partiellement. Les recherches menées sur le terrain montrent que nous sommes en présence d’installations parcellaires de petites dimensions sur différents sites du territoire qui sont parfois éloignées de celles que nous connaissons actuellement. L’homme n’a pas le sens de s’approprier un territoire il vit sur un espace qu’il façonne pour son quotidien. Il ne se doute pas que dans sa proximité un foyer monastique avec la construction de l’Abbaye bénédictine de la Croix St Ouen fondée en 694 par Saint Leufroy et l’implantation d’une villa royale mérovingienne au Vaudreuil va changer son horizon de vie. Cet horizon préfigure l’implantation de nouvelles unités territoriales les Pagi et celui qui nous intéresse le pagus Madriacensis (Pays de Madrie). Ce sont principalement les ecclésiastiques qui vont gérer le pagus Madriacensis durant cette période Mérovingienne.
(1) Le fœdus : traité d’alliance passé entre la Rome et un peuple étranger, qui prend alors le statut de cité alliée cīvitās fœderāta (peuple fédéré).
Venables Carolingienne
C’est avec Pépin le Bref (ou Pépin III) que commence l’ère carolingienne. L’avènement de Charlemagne sur le trône durant quelques décennies va redonner un nouvel essor au royaume Franc. Il va reconstituer un empire politique sur les bases de l’empire romain en créant environ 300 comtés. La réforme religieuse va entraîner la fondation d’abbayes qui deviendront des foyers culturels importants.
Il institue une nouvelle charge en 789 et renouvelée en 802 : les Missi Dominici (envoyés du Maître). Le plus souvent un laïc et un religieux. Ils inspectent et contrôlent la gestion, surveillent l’application des cartulaires du roi par les comtes mis en place par Charlemagne. Ces comtes rendent la justice et lèvent l’impôt. Ils ne sont pas propriétaires et sont révocables à tout moment.
En 843 le traité de Verdun divise l’empire de Charlemagne en trois, puis en deux royaumes donnant naissance à une Francia occidentalis. Ce traité va occasionner différentes crises politiques carolingiennes et faire face à de nouvelles invasions sporadiques de peuples hongrois, arabes et subir pendant près de deux siècles les incursions des scandinaves « Northmens ».
Un système hiérarchique de fidélité vassalique entre le roi et ses agents se met en place en échange de terres et de charges jusqu’au milieu du IXème siècle. De ce fait pour se protéger la haute aristocratie du royaume va être appelée à diriger de grands ensembles territoriaux par la création de principautés auxquelles s’attachent des commandements octroyés par le roi. De puissantes familles vont ainsi parvenir à se constituer des honors qui serviront leurs propres intérêts, c’est la base de la société féodale qui se met en place.
Le pagus Madriacensis est articulé entre la vallée de la Seine et celle de l’Eure. Les premiers comtes de Madrie (Comes Madriacensis) ont laissé peu de trace de leur passage sur le pays de Madrie. Ces comtes sont nommés par le roi et en charge de la gestion d’un espace territorial mal défini et sous le contrôle des Missi Dominici. Le premier cité fut Witram comte du Vexin, un des fidèles de Charles Martel Il administre dans un premier temps la région du Vexin, au nord de la Seine, entre l’Oise et l’Andelle puis le Pincerais avec pour centre Poissy, au sud de la Seine le pagi Madriacensis entre la Seine, la Mauldre et l’Eure. Les textes citent tour à tour différents comtes: Romuald (Rumaldus Madriancens comes), mort en 754.
Il est fait mention d’un Childebrand Ier frère Germain de Charles-Martel et fils de Pépin le Gros. Issue de la famille des Nibelungides: Nebelong 1er (750 + ap. 805). Nebelong II, paraît avoir assumé des charges sur le Pagus Madriacensis. Thibert comte de Madrie entre 802 / 822. Ces comtes ne vont pas laisser de traces historiques de leur passage sur le pays de Madrie et on les retrouve au sud de la Loire et en Bourgogne avec le titre de Missi Dominici avec des charges politiques, judiciaires ou militaires plus attrayantes et bien plus rémunératrices.
L’illustre Robert le Fort duc des Francs prend possession à partir de 822 du pays de Madrie. Charles le Simple crée une « marche » de l’Oise et du Vexin et du pagus Madriacensis. Il en confie le commandement à Herbert Ier de Vermandois. Celui-ci est apparenté aux Pippinides par son père et aux Nibelungides par sa mère. Le roi Charles III « le Simple » ou le nouveau roi Robert 1ier octroie toute la région de Vernon et une grande partie du pagi Madriacensis à Rollon pour le récompenser de la bonne garde du royaume.
Une partie du Pagus Madriacensis est sous influence normande l’autre partie qui comprend la seigneurie de Longueville près de Saint Pierre d’Autils et la seigneurie d’Ailly reste sous l’influence de Herbert II de Vermandois fils du premier. C’est à ce moment de l’histoire de la féodalité naissante que quatre personnages apparaissent : Leutgarde de Vermandois, Hugues de Beauvais, Héloïse de Pithiviers et Roger Évêque de Beauvais qui auront un rôle sur l’ascendance de Gilbert de Venables.
Venables de l'An Mil
Nous sommes au XIème siècle. Le nom de Venables apparaît en 1055 quand Mauger de Venables est témoin d’une charte par laquelle Roger de Clères donne à St Ouen de Rouen les Dimes de Blainville-Crevons. Les années qui ont précédé cette charte ont été capitales pour la création du fief de Venables sachant que la seigneurie d’Ailly et les futures terres de Venables forment une unité territoriale unique contrôlée par deux puissantes familles.
Le premier personnage qui rentre dans l’ascendance de Gilbert de Venables c’est Roger de Blois. Ce dernier deviendra dès 995 Chancelier du roi Hugues Capet et Conseiller de son fils Robert (futur Robert 1er). Roger est nommé évêque de Beauvais (1002-1022) avec l’influence des comtes de Blois et de Chartres.
Roger acquière en Neustrie le Comté de Sancerre, des charges laïques sur Nogent le Roi et devient abbé de l’abbaye de Coulomb et des alleux sur le Mantois lui venant de son probable frère Hugues de Beauvais assassiné en 1008. Il rentrera en possession sur le pays de Madrie de la seigneurie d’Ailly lui venant probablement de son aïeule Leutgarde de Vermandois (1) décédée en 977.
En 1018, Roger de Beauvais sépare la seigneurie d’Ailly qu’il cède à l’évêché de Beauvais et créé le Fief de Venables qu’il cède a un de ses proches. En 1022 à la mort de Roger c’est sa probable sœur Héloïse, comtesse de Pithiviers et de Mantes, qui rentre en possession de terres sur le pays de Madrie (2). Les sources disponibles de cette époque donne pour Roger deux ascendances qui font l’objet d’une étude approfondie (3) sur les bases d’une nouvelle histoire de la féodalité.
Une filiation apparentée à la maison des Comtes de Blois et de Chartres. Une famille qui contrôle une vaste principauté sur la Loire et la Champagne et très influente géopolitiquement.
Une filiation apparentée aux Comtes de Vermandois importante famille qui descend en droite ligne de Charlemagne. C’est une maison dont l’influence s’étend sur toute la Picardie, la Champagne, le Vexin, le Mantois et le pagus Madriacensis.
À la mort de Mauger de Venables, Gilbert reçoit le fief de Venables vers 1058. Gilbert passera peu de temps sur ses terres. A l’appel de Guillaume duc de Normandie Gilbert s’enrôlera en 1066 dans l’ost Normande en compagnie de Guillaume et Hugues de la Mare petits seigneurs de l’actuel hameau. Pour leurs bons et loyaux services et suivant les promesses du duc ils seront dotés de terres, dans le comté du Cheshire attribuées à Hugues d’Avranches. Gilbert y fera souche et son petit fils deviendra premier baron de Kinderton.
On retrouve le comte de Kinderton en 1093 avec Saint Anselme archevêque de Cantorbéry signataire de la charte de Ste Vereburge de Chester. Hugues, dont le frère Guillaume meurt durant la bataille de Hasting, sera nommé Hugh of Delamere. La paroisse de Venables passera sous le patronage de l’abbaye de la Croix St Leufroy confirmé par une bulle du Pape Louis III en 1181.
Le condensé historique de cette période est issue des travaux menés par Patrick Lequette sur la généalogiques ascendance de Gilbert de Venables.
(1) Auguste Le Prévot : Dictionnaire des communes de l’Eure Tome 3
(2) Madeleine Arnold-Tetart : Les Comtes de Meulan
(3) Patrick Lequette : Étude sur l’ascendance de Gilbert de Venables
